Le CV anonyme va être expérimenté à grande échelle
Le commissaire à la diversité et à l'égalité des chances, Yazid Sabeg, relance à partir d'aujourd'hui le dispositif du CV anonyme. Une centaine d'entreprises devraient s'engager dans une expérimentation prévue pour durer six mois.
Il aura fallu presque un an pour que la volonté exprimée par Nicolas Sarkozy de voir le CV anonyme se développer en France commence à se concrétiser. Une expérimentation au niveau national est lancée aujourd'hui par Yazid Sabeg, le commissaire à la diversité et à l'égalité des chances. Elle devrait durer jusqu'au printemps 2010 et une centaine d'entreprises devraient être sollicitées. Parmi elles, les traditionnels grands groupes que sont AXA, Accor, BNP Paribas et une petite quinzaine de cabinets de recrutement. Hasard du calendrier, cette expérimentation prévue de longue date intervient alors qu'est relancé le débat sur l'identité nationale et que le World Economic Forum vient de pointer du doigt une aggravation des inégalités hommes-femmes dans l'Hexagone.
Procédure chère et compliquée
Le terrain n'est pas totalement vierge, malgré l'échec de la loi de 2006, restée lettre morte faute de décrets d'application (lire ci-contre). Plusieurs grands groupes se sont d'ores et déjà lancés dans l'expérimentation. Mais les PME sont rares. Norsys SSII lilloise qui emploie 210 personnes et qui utilise l'anonymat pour ses recrutements, reste ainsi l'exception qui confirme la règle. Selon l'entreprise, le nombre de femmes a doublé en trois ans, celui des salariés de plus de 50 ans est passé de un à six et le nombre de salariés français d'origine étrangère aurait été multiplié par plus de trois. Le pari des pouvoirs publics est donc d'élargir l'expérimentation et d'inciter plus d'entreprises de taille moyenne - plus de 50 salariés - à se lancer à leur tour. Un pari qui est loin d'être gagné, car même si les utilisateurs du système dressent un bilan plutôt positif, il est loin de faire l'unanimité.
Au sein de l'association « A compétence égale », qui lutte pourtant contre les discriminations à l'embauche, la moitié des quarante cabinets de recrutement membres de l'association était favorable à la généralisation du CV anonyme. Mais les autres estimaient la procédure trop chère ou trop compliquée à mettre en place, voire inadaptée, arguant que la réponse aux discriminations à l'embauche ne pouvait se résumer à un seul et simple outil. C'est ce qui a conduit par exemple le cabinet Managing, membre de l'association, à abandonner la démarche au bout de trois mois de mise en oeuvre : la nécessité de rendre anonymes les CV conduisait à des pertes de temps pour les consultants, et les recruteurs avaient noté un décalage entre les CV anonymes provenant de candidatures spontanées et ceux des personnes approchées en direct pour un poste. Désormais, le cabinet estime que le CV anonyme n'est qu'un outil à utiliser dans une palette plus large et se concentre sur la formation de ses consultants. Une position qui n'est finalement pas éloignée de celle défendue par les entreprises qui se sont lancées dans la démarche.
Source les Echos - 03/11/2009



